Get Adobe Flash player

Archives mensuelles : novembre 2011

Décès de Gertrude Diarra

Le Père Fédry, s.j, responsable de la communauté jésuite de Ouagadougou, et soutien fidèle de l'ASVS, et de Gertrude Diarra, nous envoie une interview de Gertrude qu'il préparait pour un journal Vie chrétienne.

Elle devait, dit-il, y ajouter un complément concernant son fils, âgé d'une dizaine d'années.

 

Témoignage de Gertrude Diarra

CVX Burkinabè engagée en service de santé

 

Gertrude Diarra au service des personnes atteintes du VIH-Sida

 

Lancement de l’Association.

 

Avant  le lancement de l’Association Solidarité Vie et Santé, j’ai collaboré au service d’une association au quartier Paspanga, pour les veuves, dans la paroisse de Kolghonaaba.

Nous faisions du tissage traditionnel de cotonnades, de la teinture de tissu bogolan, de la cuisine…

 

J’avais fait auparavant une tentative au postulat des Petites Sœurs du Père de Foucauld, tentative restée sans suite. 

C’est Monseigneur Thomas Kaboré, qui était alors curé de la paroisse, qui m’a orientée vers sa belle sœur.

C’est dans ce cadre que j’ai participé à une session de formation sur le VIH : il n’y avait pas de per diem, mais cela m’intéressait d’y participer pour ma propre formation.

 

Après cette rencontre, une formation nouvelle a été proposée aux participants, de 15 jours, à Bobo-Dioulasso. Gertrude Diarra

 

Cette formation m’a beaucoup plu.

J’en ai parlé à la sœur Françoise Dauger et à mon accompagnateur spirituel, le père Jean-Luc Masson, jésuite, accompagnateur de la CVX à Ouaga. C’était en 2001.
 

Nous avons alors commencé à rencontrer des jeunes atteints du VIH. Pour une plus grande efficacité, nous avons décidé de créer une association, et nous avons reçu le récépissé officiel  en 2002.
 
Au début, c’était difficile, parce que nous n’avions pas de siège, ni de local. Notre travail, c’était beaucoup de visites à domicile. Notre point de rassemblement, c’était le logement de la sœur Françoise, dans le quartier Dapoya, chez M. Seydou. Elle a habité là pendant 7 ans.
 
A ce moment-là, le travail n’était pas facile :

les patients se cachaient, ils étaient mis à l’écart par leur famille et leur entourage, parfois chassés par leur famille pour mourir seuls. Aujourd’hui, il n’y a plus cette discrimination. Mais ils sont torturés autrement. Ainsi, je vais rendre visite à Maimouna. Son grand frère l’appelle : ton infirmier est là. L’entourage me dit qu’il faut bien la conseiller, c’est une maladie comme une autre… Or, en réalité, quand je ne suis plus là, ils lui disent : « tu sais toi-même que tu vas mourir ».

Nous avons vu un cas de discrimination lors de l’inondation du 1er septembre : cinq femmes de notre association avaient vu leur maison en banco s’écrouler en quelques heures. Avec des milliers d’autres, elles sont allées dans une école où on les prenait en charge. Quand les autres occupants de la salle de classe où elles étaient ont remarqué qu’elles prenaient des médicaments à heures régulières et ont soupçonné qu’elles étaient atteintes du VIH : toute la classe s’est vidée brusquement, et on les a laissées seules. Humiliation insupportable : elles ont dû partir. Heureusement, d’autres membres de l’Association ont pu les recevoir chez elles, avant que l’Association ne les aide à retrouver un logement. Cependant, il faut noter que dans certaines familles, ces personnes sont bien reçues.
 
Ma formation d’infirmière:

J’ai maintenant obtenu mon diplôme d’infirmière d’Etat, après trois ans de travail acharné.

La manière dont les sœurs rencontraient les pauvres m’avait beaucoup touchée. Mais j’ai réalisé qu’il était nécessaire d’avoir une formation médicale assez approfondie. J’ai étudié pendant deux ans. D’abord pendant deux ans de suite, puis une interruption à cause de la maladie. Des amis français de l’association Burkina Solidarité ont contribué au financement de mes études. J’ai pu reprendre l’an dernier, et ai réussi avec une moyenne de 14,10 /20, 7ème sur une classe de 37. Je ne désire pas aller plus loin dans les études, pour devenir « attachée de santé », car je veux rester au contact des malades de toutes les catégories.
 
Mon stage de fin d’études à Pô s’est bien déroulé, j’en remercie Dieu:

C’était dans une région inconnue de moi, le pays kasena, dont je ne connais pas la langue. Avec une autre collègue stagiaire, nous sommes tombées dans une situation délicate : il y avait un conflit entre le Major et ses subordonnés. Je les ai beaucoup écoutés d’abord, ils déversaient leur colère contre le Major.

J’ai écouté douze personnes sur le groupe de 14 du personnel. Puis je leur ai parlé pour leur dire qu’un responsable doit être soutenu.

Et finalement, le climat a changé, il y a eu réconciliation.  Le Major qui n’allait plus à l’église a changé d’attitude : il se prépare maintenant au mariage chrétien. A mon départ, il m’a beaucoup remerciée pour les avoir aidés à retrouver la bonne entente.

Je sais bien que ce n’est pas moi, c’est le Seigneur qui a fait son travail. Chacun dans le service a retrouvé le désir d’être plus engagé dans sa foi, catholique, protestant, musulman. Je n’avais pas d’autre désir apostolique que celui-là.
 
Le soutien des malades dans l’Association
 
Ce que les patients attendent d’abord, c’est qu’on les écoute. Un soutien proche, «immédiat, « du tac au tac ».

Derrière l’aide d’urgence, ce qu’ils attendent, c’est d’être écoutés.

C’est là que l’adhésion à la CVX me soutient. Si quelqu’un vient me parler d’un problème familial, une relation père-fils, ce n’est pas d’argent, ni de conseils dont il a besoin, mais qu’il prenne conscience de la manière de prendre contact.

Ou les couples en difficulté, je leur dis, en citant le proverbe de chez nous : « La pluie est en train de vous battre, et vous encore, vous vous battez » (pour leur faire comprendre qu’il y a assez de difficultés extérieures pour ne pas en rajouter encore). Tout en donnant les soins, j’essaie d’écouter les patients. Je suis très heureuse de ce contact direct.
 
Nous ne voulons pas réfléchir à leur place, mais les encourageons à se prendre eux-mêmes en charge : ainsi, nous les encourageons à faire du tissu teint bogolan.
 
La relation avec le monde associatif. Elle m’a souvent découragée. Beaucoup de personnes dans ce milieu ne cherchent que leur intérêt personnel. Et la relation avec l’administration n’est pas facile, car elle n’est pas vraiment fonctionnelle.
 
Qu’est-ce que la CVX m’a apporté
 
Au début, je ne me sentais pas très à l’aise dans la CVX, je trouvais cela très intellectuel.

J’avais le niveau de 3ème, au milieu d’autres plus avancés. La CVX m’a aidée à m’exprimer.

J’étais très limitée : devant cinq personnes, je n’osais plus parler. Puis j’ai senti le désir de communiquer.

Je me suis proposée dans ma paroisse comme animatrice du mouvement Cœurs Vaillants / Ames vaillantes, pour la formation des enfants.

J’ai aussi appris à la CVX à prier. La CVX m’a donné une ouverture. Elle m’a poussée à prendre un engagement dans la catéchèse, depuis deux ans.

De 7 h à 8 h 30, chaque dimanche, je donne cette catéchèse. C’est une grande chance de formation pour moi-même. Je reçois là une grande joie.

Quand j’ai été malade, les enfants priaient pour moi. Cela m’a donné une grande joie.

On n’est pas CVX pour soi, mais pour ses frères et sœurs.
 
Une dernière joie de Gertrude a été son succès de diplôme d'infirmière d'etat (voir photo ci-jointe), avec un très bon rang, et une retraite de 8 jours, faite au Centre Paul Zoungrana, dont elle nous a parlé en réunion CVX avec enthousiasme…